Petit pays x Gaël Faye

« Petit pays » est un gros bijou littéraire de Gaël Faye, auteur multi talents qui excelle dans les domaines de l’écriture et de la musique. Ses textes envoûtants projettent le lecteur dans une réalité amère et lèvent le voile sur une histoire qui n’est que peu dévoilée dans les livres d’histoires. Une histoire qui façonne, marque et laisse à penser que le devoir de mémoire doit rester intact. Adulé, couronné de succès et largement primé, je n’ai pas échappé à l’engouement lié à ce premier roman.

Gabriel, fruit de l’amour entre un père français et une mère rwandaise, vit avec sa petite sœur Ana dans un quartier d’expatriés au Burundi. Comme tous les enfants, il traîne avec ses copains, rit à gorge déployée, s’ennuie pendant les grandes vacances et se réjouit de ne pas grandir trop vite.

Mais le ciel s’assombrit. La guerre civile est proche et la terreur commence à envahir doucement le cœur des habitants. Les frontières se durcissent et puis, le génocide latent finit par imploser et traverser les frontières.

A travers les yeux de cet enfant, on y lit toute l’incompréhension et la révolte liée à l’étrangeté de cette situation. Pourquoi devrait-il choisir un camp ? Pourquoi des hommes du même pays se mettent à se détester à coup de machettes et d’armes à feu ? Détourner les yeux ne marche pas longtemps et le petit homme deviendra forcément grand. Bousculé dans un monde qu’il ne comprend plus, Gabriel et ses amis vont être violemment confrontés à la guerre, à la peur et à la brutalité du monde adulte. Ils vont aussi devoir se doter d’une nouvelle identité, d’une autre étiquette pour survivre. Prendre parti sinon rien. Métis, Tutsi, enfant de divorcés, gamin choyé puis pommé ; tout se mélange dans la tête de ce petit garçon déchiré.

Ce roman est incisif et cruel. On a beau découvrir une réalité qui semble être atténuée par la vision d’un gamin, elle n’en reste pas moins horrible à supporter. Le lecteur ne peut-être que déboussolé par tant de haine. La perte devient monnaie courante : perte de repères, des êtres chers, d’inconnus dans la rue. Une belle mise en perspective de notre société qui refait les mêmes erreurs, souvent.

C’est poétique, brillamment écrit et savamment dosé. Un combo parfait qui fait trembler, voyager, chialer et s’indigner.

A-t-on vraiment besoin de redire que le talent n’attend pas le nombre des années ?

Petit Pays – Editions Grasset – 2016

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