Helena x Jérémy Fel

Aujourd’hui, on détricote « Helena » de Jérémy Fel, œuvre puissante et atypique de la rentrée littéraire qui ne passera pas inaperçue.

A la lecture des premières pages de ce roman choral, j’ai eu peur. J’ai trouvé que le style littéraire était assez pauvre, à usage unique de la narration. N’étant pas du genre à m’arrêter si drastiquement, j’ai poursuivi ma lecture un peu plus loin. Et là, c’est un engrenage maléfique ! J’ai été complètement happée par l’histoire, dévorant l’intégralité de ce petit pavé en quelques jours seulement. Alors, la faute à qui ?

Les personnages d’abord. Très stéréotypés, le lecteur fait petit à petit la connaissance de plusieurs personnalités : le psychopathe notoire, la mère de famille qui mise tout sur la réussite de sa jolie petite poupée, une jeune fille à papa blindée d’oseille, etc. Le tour de force de l’auteur est de pouvoir susciter des émotions fortes à leur égard, en prenant le temps de les décrire, de raconter leur passé, de les faire réfléchir aux conséquences de leurs actes. Plus personne n’est tout blanc ou tout noir. C’est ça qui est intéressant !

La construction du roman ensuite ! L’auteur sait ménager le suspense en disséminant des petites miettes de pain au fur et à mesure, pour que notre intérêt reste intact. Les chapitres sont courts, mettant en scène alternativement l’un ou l’autre des personnages du roman. Et on n’arrive plus à s’arrêter. On en vient à trouver que le style permet justement de faciliter cette attraction et de maintenir notre curiosité insatiable de lecteur.

L’atmosphère enfin. C’est glauque, flippant parfois, surfant avec le fantastique et résolument onirique. Tout ce que j’adore ! On en arrive à regarder parfois derrière son épaule en plein milieu de la nuit, pour se rassurer. L’auteur ne s’embarrasse pas de fioritures et sait créer une ambiance. Il ne nous épargne pas les détails sordides mais n’en fait pas trop non plus.

Vous l’aurez compris, j’ai été vraiment conquise par ce roman intense qui ne m’a pas égarée une seule fois. Il mérite l’exposition qui lui a été donnée car je pense qu’il séduira les plus septiques du genre. Et puis, un saut dans l’Amérique profonde fait toujours rêver ! A découvrir de toute urgence mais âmes sensibles s’abstenir !

Helena – Editions Rivages – 2018

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