Lolita x Vladimir Nabokov

Lolita de Vladimir Nabokov est un ovni de la littérature publié en 1955. Hautement controversé, ce roman n’aurait probablement jamais vu le jour s’il avait été écrit ces dernières années (ou difficilement). Brut, scandaleux et immersif, deux camps s’opposent quant au génie de l’auteur. Alors, chef d’œuvre ou histoire abjecte ? Ou les deux ?

Humbert Humbert, professeur de littérature d’une quarantaine d’années, tombe éperdument amoureux de la fille de sa logeuse, Dolorès, 12 ans. En adoration totale devant les « nymphettes » et plus particulièrement devant cette enfant qu’il décrit comme provoquante et aguicheuse, le narrateur de cette sordide épopée se raconte au travers de cette rencontre qui va changer sa vie.    

Le génie de l’auteur se trouve assurément dans son style parfait. Equilibriste, les mots sont choisis avec soin et ne trahissent à aucun moment l’atrocité vécue par la jeune fille. Ce n’est jamais vulgaire, presque poétique, laissant libre court à l’imagination du lecteur. Souvent pour le pire.

« Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l’école. Elle était Dolorès sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita. »

Obsédé par cette jeune fille, le narrateur nous hurle sa passion, son « amour », son admiration pour Lolita. On en oublierait presque qu’il s’agit tout bonnement d’une sordide histoire de pédophilie. Et c’est là où résident la force du récit et le talent de l’auteur.

Embarqué dans un voyage à travers l’Amérique, Humbert Humbert tente de convaincre le lecteur de la légitimité de ses actes, finissant par reconnaître toute la perversion accompagnant cette relation. 

« Nous avions été partout, et nous n’avions rien vu. Je me surprends à penser aujourd’hui que notre voyage n’avait fait que souiller de longs méandres de fange ce pays immense et admirable, cette Amérique confiante et pleine de rêves, qui n’était déjà plus pour nous, rétrospectivement, qu’une collection de cartes écornées, de guides disloqués, de pneus usés – et les sanglots de Lo dans la nuit, chaque nuit, chaque nuit, dès que je feignais de dormir. »

Sans jamais ressentir aucune pitié ou aucune compassion pour le narrateur, le lecteur est témoin de la confession d’un homme malade. Rythmée, prenante et dérangeante, je n’ai jamais lu d’œuvre semblable auparavant. Un livre qui marque profondément ceux qui auront réussi à passer les premières pages du roman.

Lolita –  Editions Folio Poche – 1955

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