Les tribulations d’Arthur Mineur x Andrew Sean Greer

Les tribulations d’Arthur Mineur, prix Pulitzer 2018, récit initiatique signé Andrew Sean Greer, histoire d’un jeune-vieux homosexuel écrivain en fuite qui nous donne à réfléchir sur le voyage, l’amour, le temps qui passe ou encore le poids des souvenirs. Une jolie découverte.

Arthur Mineur se définit comme un écrivain de seconde zone. A l’aube de ses cinquante ans, il souhaite échapper à tout prix au mariage de son ancien compagnon et profite de l’occasion pour quitter San Francisco pendant quelques temps. De Mexico à Berlin, de Paris aux dunes du Sahara, Arthur déambule d’un pays à un autre, d’une rencontre à une autre ; en trainant toujours son bagage d’artiste raté sous le bras. Alors que son chemin va croiser d’anciennes connaissances, il se liera également à des inconnus, donnant naissance à des relations improbables, parfois fugaces mais marquantes.

Entre passé et présent, l’histoire de notre héros ordinaire se dessine au fur et à mesure des étapes de son voyage. Alors que les souvenirs d’Arthur nous permettent de mieux comprendre l’homme qu’il est devenu, ses interrogations présentes sont criantes de vérité et nous donnent envie de l’apprécier.

On peut y voir un moyen de projeter ses propres peurs et souffrances intérieures grâce à ce roman oscillant brillamment entre désespoir et espoir. Le temps qui passe, les amours perdus, les amitiés oubliés et les regrets sont au centre de ce voyage. Parfois, certaines phrases ont longuement résonné en moi et d’autres feront surement écho à des ressentis et situations vécues par d’autres. N’est-ce pas là le but d’un auteur finalement ? Faire de ses propres sentiments une quasi généralité ? Réussir à toucher par des dialogues justes et des moments de vie qui vont toucher ses lecteurs ?

« Pas une heure, pas un jour où Arthur Mineur ne ressente de la peur. Peur de commander un cocktail, de prendre un taxi, d’enseigner à une classe, d’écrire un livre. Peur de tout cela, et de presque tout dans la vie. C’est étrange quand même : comme il a peur de tout, tout lui parait difficile. Effectuer un voyage autour du monde n’est pas plus terrifiant que d’acheter un paquet de chewing-gums. A chaque jour sa dose de courage. »

On voyage de pays en pays mais aussi à travers les années. Maitrise parfaite de l’auteur sur ce sujet. Le style est fluide et en même temps très travaillé. Aucun échange, aucun personnage n’est laissé au hasard. C’est beau et c’est finalement un livre qui se déguste puis se digère et dont on se souvient parfois, à certains moments de sa vie. Ainsi, si vous avez envie d’une histoire à 100 à l’heure, vous serez peut-être déçu par cette œuvre parfois très contemplative.  

Les tribulations d’Arthur Mineur-  Editions Actes Sud – 2018

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