La guerre des pauvres x Eric Vuillard

La guerre des pauvres est un récit court d’Eric Vuillard publié aux éditions Actes Sud. Histoire passée qui résonne particulièrement dans notre quotidien, l’auteur nous donne à réfléchir sur des thèmes brûlants tels que la religion, la révolte, et la pauvreté. Une belle découverte.

En 1524, la colère gronde du côté des indigents, des pauvres gens. Le peuple se sent abandonné, dépassé et croule sous des taxes toujours plus lourdes. C’est alors que des hommes commencent à se faire entendre dans les campagnes. Et même si les révoltes se font écraser et que les leaders se font écarteler, l’espoir commence à naître et à s’infiltrer partout. Comme une épidémie de peste noire, les voix des morts contaminent les vivants.

Alors que le soulèvement gagne petit à petit L’Allemagne, la Suisse puis l’Alsace, une figure se détache du lot par son engagement, sa quasi folie religieuse et son envie de faire tomber les puissants. Dans une application pure des textes bibliques, Thomas Müntzer dénonce la richesse du clergé et la toute puissance de la noblesse.

N’y voyez-vous pas une ressemblance avec notre époque, notre actualité ? Et c’est cela qui fait la force du texte. Il nous montre que le passé est prêt à resurgir à tout moment et que les hommes n’apprennent que rarement de leurs erreurs. La mémoire finit par se perdre avec les derniers insurgés dont les écrits sont couchés sur papier puis oubliés par la plupart de leurs descendants.

Le style est tranchant, rythmé, percussif. Je trouve que certains passages sont d’ailleurs assimilables à de la poésie. La trame est claire et la forme, outil formidable au service du fond.

Mais ce n’était pas Dieu. C’étaient bien les paysans qui se soulevaient. A moins d’appeler Dieu la faim, la maladie, l’humiliation, la guenille. Ce n’est pas Dieu qui se soulève, c’est la corvée, les censives, les dîmes, la mainmorte, le loyer, la taille, le viatique, la récolte de paille, le droit de première nuit, les nez coupés, les yeux crevés, les corps brûlés, roués, tenaillés.

J’ai beaucoup apprécié la morale de l’histoire et le récit ; comme une fable. J’ai dévoré ce texte qui pourrait paraître indigeste lorsque l’on découvre les premières lignes mais qui devient rapidement fluide, construit et entraînant.  

La guerre des pauvres –  Editions Actes Sud- 2019

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